SOINS A DOMICILE

SOINS A DOMICILE
Québec n’investira pas un sou de plus
29 décembre 2015 |Jessica Nadeau | Santé

Les établissements de santé, qui assurent ces services, peinent déjà à répondre à la demande.
Pour faire face au vieillissement de la population, Québec veut augmenter de 15 % le nombre de personnes qui reçoivent des soins à domicile d’ici cinq ans. Mais bien que le manque de ressources en soins à domicile ait été dénoncé par la protectrice du citoyen l’automne dernier, le ministère de la Santé estime pouvoir offrir plus de services sans injecter plus d’argent.

Dans son plan stratégique 2015-2020, le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît que « le vieillissement de la population, l’augmentation de la prévalence des incapacités et l’anticipation de besoins plus grands en matière de soins de longue durée » doivent se traduire par une augmentation des soins à domicile.

« Au cours des dernières années, des efforts additionnels ont été consentis en matière de soutien à domicile. Toutefois, des actions doivent se poursuivre, notamment en augmentant le nombre de personnes desservies. Cela permettra aux personnes qui le désirent de demeurer à domicile ; en contrepartie, on pourra réserver les ressources d’hébergement à la clientèle présentant un profil de besoins plus lourd. »

Pour 2020, on vise donc une augmentation de 15 % du nombre de personnes desservies en soutien à domicile de longue durée. On souhaite également que 90 % des bénéficiaires de ces services aient une évaluation mise à jour et un plan d’intervention.

Vieillissement de la population

Questionné sur la façon dont la cible a été fixée, le ministère répond que l’augmentation est calculée en fonction du vieillissement de la population. « Le MSSS a retenu l’hypothèse que les besoins croissent au même rythme que la population, afin de maintenir la proportion de personnes desservies en soutien à domicile. L’établissement de la cible tient compte du fait que l’intensité des services est semblable à ce qui est observé actuellement. Elle permet de maintenir, pour les cinq prochaines années, la même proportion d’adultes desservie en soutien à domicile », précise la porte-parole du ministère, Noémie Vanheuverzwijn.

Quant à l’application du plan, il devra se faire à coût nul, confirme Mme Vanheuverzwijn. « Le plan stratégique 2015-2020 et les choix qui en découlent doivent être mis en oeuvre à l’intérieur des ressources mises à la disposition du réseau de la santé et des services sociaux. Donc les objectifs doivent être réalisés sans l’ajout de ressources supplémentaires. L’atteinte de la cible de 15 % est réalisable dans le cadre d’amélioration dans l’ensemble du continuum de soins et services. »

Insuffisance des ressources

Pourtant, les établissements de santé, qui assurent ces services, peinent déjà à répondre à la demande. En septembre dernier, la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, dénonçait « l’insuffisance des ressources » qui obligeait les responsables du soutien à domicile à répartir les services entre les usagers, donnant un minimum à chacun « sans toutefois fournir le soutien nécessaire aux personnes visées ». Elle donnait l’exemple d’une dame de 84 ans qui s’occupe de son mari en lourde perte d’autonomie qui s’est plainte de ne recevoir que 13,5 heures de services de soutien à domicile par semaine, alors que le centre de santé et de services sociaux a évalué qu’elle devrait plutôt en recevoir 37,5.

« Le Protecteur du citoyen constate que l’offre de services en soutien à domicile tarde à se développer et à se consolider et que des disparités régionales demeurent. En effet, les plaintes reçues au cours de la dernière année confirment que les usagers restent aux prises avec des problèmes de réduction des services, de délais d’attente et d’épuisement des proches aidants. »

Compressions

Non seulement les ressources sont insuffisantes, mais les établissements doivent encore couper dans ces soins en raison de la dernière vague de compressions, comme le révélait Radio-Canada le 17 décembre dernier. Dans un reportage exclusif, on affirmait que la moitié des centres de santé et de services sociaux (CSSS), regroupés aujourd’hui en CISSS, avait réduit les budgets consacrés aux soins infirmiers à domicile ou aux services à domicile, obligeant plusieurs aînés à aller à l’hôpital pour recevoir des soins qu’ils recevaient auparavant à domicile. En entrevue, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, répondait à Radio-Canada qu’il n’y avait aucune consigne de couper dans les soins à domicile et qu’il interviendrait si cela s’avérait nécessaire.

En campagne électorale, les libéraux s’étaient pourtant engagés à investir 750 millions sur 5 ans dans ce secteur, à raison de 150 millions par année.

Avec son assurance autonomie, qui visait à maintenir un plus grand nombre de personnes âgées à domicile, l’ancien ministre péquiste Réjean Hébert prévoyait pour sa part un investissement de 1,3 milliard sur 15 ans.

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