Pour un syndicalisme de proposition

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Pour un syndicalisme de proposition
19 novembre 2016 | Marie-Hélène Alarie - Collaboration spéciale | Santé

Depuis que la FIQ subventionne la clinique SABSA, cette dernière s’adresse dorénavant à toute la population de la Basse-Ville de Québec, et le nombre de patients est passé à 1500. Ce texte fait partie d’un cahier spécial.
Faire des propositions et être dans l’action, c’est ce que la FIQ s’est donné comme mandat pour les années à venir. Avec de l’imagination, du savoir et de l’expertise, c’est possible de transformer le réseau de la santé… Oui, oui !

« En fait, le syndicalisme de proposition est une idée fort simple : mettre en avant les capacités professionnelles, les expertises et le savoir des membres de la Fédération interprofessionnelle de la santé, la FIQ, lance d’emblée Régine Laurent, présidente. C’est une réflexion qu’on a faite en congrès. Notre première proposition aura été les cliniques, et la seconde proposition, les ratios. Ils viendront toucher le personnel dans leur unité de soins et dans leur milieu », ajoute Mme Laurent. Mais d’abord, petit retour en arrière.

Une étape à la fois

La clinique d’infirmières SABSA de la Basse-Ville de Québec a fait couler beaucoup d’encre. Cette clinique sans médecin a ouvert ses portes en 2014. C’est une petite coopérative de solidarité qui fait appel en grande partie au travail d’infirmières. Isabelle Têtu, une infirmière praticienne, est responsable de la clinique. Au départ, la clientèle était composée de patients atteints du VIH ou d’hépatites. Depuis que la FIQ subventionne l’organisme, on s’adresse dorénavant à toute la population de la Basse-Ville, et le nombre de patients est passé à 1500. Pendant deux ans, sa survie était précaire, et grâce à une campagne de financement, on a pu garder la clinique ouverte. Mais sans financement adéquat, l’avenir était incertain : « La communauté a adopté SABSA et a forcé le ministre à la faire entrer dans le réseau de la santé et à en assumer son financement », affirme la présidente.

« Pour moi, c’était une première marche que nous avons montée, et la deuxième marche, c’est dans la Petite-Nation, à Chénéville, où on a aussi financé une clinique », poursuit Régine Laurent. Ici, le contexte est différent. La population de Chénéville est âgée et difficilement mobile. Par contre, à certaines périodes de l’année, de nombreux touristes fréquentent la région. « Ce qui nous avait sensibilisés au départ, c’était que les gens ne pouvaient pas faire leur suivi à Chénéville. Pourtant, il fallait être capable de les maintenir le plus longtemps possible dans leur communauté, et c’est ce qu’ils souhaitent. Il fallait aussi pouvoir répondre à la clientèle touristique, qui, en cas de petites coupures, devait faire une heure de route pour se rendre à Gatineau, ou pire, à Ottawa », ajoute-t-elle. Pour l’instant, la clinique peut compter une fois par semaine sur les services d’une infirmière praticienne prêtée par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais. « Il faut savoir qu’elle voit quand même 24 patients par jour minimum ! »

« Et la troisième marche qu’on essaie de monter, c’est l’ouverture d’une autre clinique de proximité à Montréal-Nord », affirme Régine Laurent. Dans la logique des cliniques de proximité, il ne peut y en avoir de semblables, puisqu’elles répondent chacune aux besoins précis d’une population. « On travaille avec les organismes communautaires du secteur, entre autres avec Parole d’excluEs. Avec eux, on a fait une assemblée citoyenne au printemps dernier, où il y avait plus de 150 personnes », explique Régine Laurent. Au cours de cette consultation, on a tenté de voir quels étaient les freins à l’entrée des gens dans le réseau de la santé, et on leur a demandé ce qu’ils attendaient d’une clinique dans leur quartier. « En décembre, on aura une rencontre avec la mairesse d’arrondissement, Mme Black, pour faire avancer le dossier », ajoute-t-elle.

La population âgée de Montréal-Nord a mentionné qu’elle souhaitait pouvoir avoir des services à domicile pour le suivi de certaines maladies chroniques. D’autre part, des services destinés aux enfants devraient occuper une place importante à la clinique, puisque, selon certains organismes, des enfants issus de l’immigration, aujourd’hui ados, n’ont pas été vus par un pédiatre depuis leur naissance ! Il faudra aussi s’attaquer à déboulonner certains tabous et préjugés auxquels la population doit faire face. « On nous a aussi mandatés pour faire de la prévention sur le plan de l’alimentation, mais aussi par rapport à la toxicomanie et la prostitution, précise Régine Laurent. Quand on parle de services adaptés à la communauté, c’est exactement ça ! Ça ne peut pas être du mur-à-mur. Actuellement, dans le réseau de la santé, c’est le patient qui doit rentrer dans les petites cases, et non pas les soins qui s’adaptent aux patients », ajoute-t-elle.

Dans ce type de clinique de proximité, les rectifications sont faciles à réaliser, puisque tout le travail sur les besoins de la communauté a été fait en amont, « et on y répond ! Ce qu’on souhaite, c’est de forcer le changement ».

Travailler avec des ratios

Pour que le réseau de la santé roule rondement, tout est question d’organisation du travail afin de bien répondre aux besoins du patient. De plus en plus, on voit poindre le concept de ratio. L’Ontario, la Californie et l’Australie s’y sont mis, alors pourquoi pas le Québec ?

« La notion de ratio, c’est d’avoir suffisamment de professionnels en expertise et en nombre pour répondre aux besoins d’un groupe de patients. C’est simple, mais pas évident dans le système actuel », poursuit Régine Laurent. Par exemple, prenons un service d’orthopédie : pour répondre aux besoins, il faudra des infirmières et des préposés aux bénéficiaires en grand nombre. Ailleurs, dans une unité de médecine, on devra augmenter le nombre d’infirmières auxiliaires et diminuer les effectifs d’infirmières. « Encore une fois, ça ne peut pas être du mur-à-mur ! répète la présidente. On s’est entendu avec le ministre Barrette pour mener des projets pilotes dans les CHSLD. On sera en mesure de voir quels sont les indicateurs des besoins pour différents groupes de patients. Actuellement, ce qu’on fait, c’est simplement de compter le nombre de lits, et on applique les normes », précise-t-elle.

Les membres de la FIQ sont impatientes de voir ces projets prendre forme. « Elles sont complètement conscientes que c’est une organisation logique et comprennent que cette manière de travailler va forcément demander des équipes stables. Finalement, on veut juste soigner comme il se doit. Ce qu’on demande, c’est la normalité », conclut Régine Laurent.

Source : Le Devoir.com
http://cury.qc.ca/ecrire/?exec=article&id_article=2184

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