Les centres jeunesse appellent à l’aide

Les centres jeunesse appellent à l’aide
Faute de ressources, seulement 5 % des intervenants seraient en mesure de répondre adéquatement aux besoins de la clientèle
3 octobre 2016 |Jessica Nadeau | Santé
Photo : Jacques Nadeau Le Devoir« Les jeunes en difficulté vivent des situations de plus en plus complexes, où peuvent s’entremêler des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et de violence », rappelle le rapport dévoilé dimanche.
« Quand on a devant nous 12 jeunes qui ont tous besoin d’aide, à différents degrés, pour différentes raisons, mais qu’on est coincés parce qu’on est juste deux [intervenants], on est obligés d’aller au plus criant : celui qui a le plus mal. Mais tous nos jeunes qui sont placés en centres jeunesse ont besoin d’aide et de services. En raison du manque de personnel et de la lourdeur de toutes les tâches à faire, on a l’impression d’éteindre des feux. On gère les pires crises et, pour les autres, on attend que la crise devienne plus grosse et que ça devienne notre priorité numéro un. »

Julie Perron-Hamilton travaille comme éducatrice depuis huit ans. Comme vice-présidente du syndicat des employés du centre jeunesse de Laval, elle entend les doléances de ses membres qui ne suffisent plus à la tâche et partage leur sentiment d’impuissance. « C’est frustrant quand je sais que je pourrais être en mesure de mieux aider ces enfants mais que mon établissement ne me le permet pas. Les gens n’en peuvent plus de se faire dire qu’il faut toujours faire plus avec moins et qu’il faut aller plus vite. On ne travaille pas avec des ordinateurs, mais avec des enfants. Il faut respecter leur rythme », dénonce la jeune femme en marge d’une conférence de presse qui se tenait à Montréal dimanche pour dénoncer la « détresse sévère » des employés en centres jeunesse à travers le Québec.

Le rapport, qui fait suite à une vaste consultation menée par la CSN, témoigne d’une situation « alarmante » selon les syndicats. « Seulement 5 % des intervenants estiment être en mesure de répondre adéquatement et en temps utile aux besoins de cette clientèle. »

Tâches alourdies

Le principal problème relevé par les intervenants est l’alourdissement des tâches, notamment en raison des multiples formulaires qu’ils doivent remplir. « Une majorité de répondants, soit 70 %, affirment avoir l’impression que leurs interventions sont davantage axées sur les cibles statistiques et financières de leur établissement, plutôt que sur les besoins des jeunes », peut-on lire dans le rapport.

Julie Perron-Hamilton abonde dans ce sens, affirmant que les nombreuses coupes dans le personnel de bureau avaient un impact direct sur son travail. Il y a non seulement les rapports, les observations d’entrevues et toute la « paperasse » en lien direct avec le dossier du jeune qui doivent être plus détaillés que jamais, mais aussi toutes ces autres tâches administratives qui s’ajoutent au travail quotidien des intervenants.

« Dans les unités, il faut qu’on commande toutes les semaines la nourriture dont on a besoin : combien de pain, de lait, de pommes pour la semaine ? On doit commander combien de sous-vêtements, de bas, de draps et de serviettes ? Combien de réparations techniques ? Toutes ces choses-là, avant, c’était fait par du personnel de soutien, ce qui dégageait les intervenants pour que l’on puisse s’occuper directement des jeunes. S’occuper du bon roulement d’une unité face aux besoins physiques de l’établissement, ce n’est pas ça qu’on a besoin de faire principalement, mais si on ne le fait pas, on en manque et on en a besoin. »

Situation qui empire

Le rapport de la CSN parle d’une « situation de crise silencieuse qui, plutôt que de s’améliorer, tend à empirer ».

On rappelle que « les jeunes en difficulté vivent des situations de plus en plus complexes, où peuvent s’entremêler des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et de violence ». En parallèle, les centres jeunesse ont fait l’objet de compressions de 50 millions de dollars depuis 2010, ce qui « exacerbe » le problème.

Les syndicats demandent au gouvernement de « réinvestir massivement dans le réseau » et réclament des états généraux sur les centres jeunesse.

La réponse de Québec

« Je connais bien les préoccupations exprimées par les représentants syndicaux », répond la ministre déléguée à la protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, dans une réponse envoyée par courriel. « Nous partageons l’objectif de réduire la bureaucratie afin de maximiser les services. Nous avons d’ailleurs déjà entrepris plusieurs actions en ce sens. » L’attachée de presse de la ministre n’a pas voulu préciser la nature des démarches entreprises, affirmant que la ministre se limiterait à son « commentaire officiel ».

Source : le Devoir. Com
http://www.ledevoir.com/societe/sante/481409/les-centres-jeunesse-appellent-a-l-aide

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