La majorité des cas non urgents

La majorité des cas non urgents
Dans plusieurs hôpitaux, la plupart des patients sont classés dans l’échelle de priorité la moins grave
Alors que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, table sur les supercliniques pour dé-sengorger les urgences (photo), ces dernières continuent à accueillir des cas non urgents.

Johanne Roy
Vendredi, 10 mars 2017 05:00 MISE à JOUR Vendredi, 10 mars 2017 05:00
Malgré les promesses du ministre Barrette d’améliorer l’accès à un médecin, les grands hôpitaux du Québec continuent à recevoir une majorité de patients dont l’état est jugé moins urgent, voire non urgent.
Dans plusieurs salles d’urgence en région, jusqu’à huit patients sur dix sont classés dans l’échelle de priorité la moins grave correspondant aux niveaux P4 et P5. Il peut s’agir d’une fracture mineure, d’une otite ou de douleurs abdominales légères.
En milieu urbain, plus de la moitié des patients admis dans certains centres hospitaliers universitaires (CHU) sont considérés comme des urgences mineures, montrent les données du ministère de la Santé pour l’année 2016.
« Dans certains hôpitaux universitaires, la proportion va jusqu’à 65 % et 70 %. Ce n’est pas normal. Le problème est connu depuis des dizaines d’années. Le fait est qu’il n’y a pas assez d’accès offert à la population à l’extérieur de l’hôpital pour les cas P4 et P5. C’est le fondement de la loi 20, c’est pour cela qu’on va faire des surpercliniques ouvertes 12 heures par jour, sept jours sur sept », affirme le ministre Gaétan Barrette.
Réalité des régions
À l’Hôtel-Dieu de Québec, près de 70 % des visites à l’urgence concernent des priorités 4 et 5. Au CHU Sainte-Justine, à Montréal, la proportion des P4 et P5 frôle les 56 %, tandis qu’elle dépasse 64 % à l’Institut universitaire de cardiologie de Montréal.
« La situation est différente en région. Comme il y a moins de monde et moins de médecins, on ne peut pas avoir un réseau de cliniques médicales aussi développé que dans les centres urbains. Il est normal qu’il y ait beaucoup de P4 et P5 à l’urgence », note M. Barrette.
Le président de l’Association des médecins d’urgence du Québec, le Dr Bernard Mathieu, juge pour sa part que le ministère de la Santé utilise à tort l’échelle de triage à l’urgence pour réorienter des patients. « Selon le ministère, les cas P4 et P5 n’ont pas d’affaire à l’urgence. C’est complètement faux ! S’il est vrai que certains de ces patients pourraient être vus à l’extérieur de l’hôpital, près de 10 % des patients triés moins urgents (P4) finissent par être hospitalisés », illustre le Dr Mathieu.
Sérieux doutes
Le PDG du Conseil pour la protection des malades, Me Paul Brunet, doute quant à lui des chiffres du ministère de la Santé voulant que 80 % des patients inscrits auprès d’un médecin de famille puissent le voir dans les 48 heures.
« Si cela est vrai, on devrait voir une diminution des P4 et P5 aux urgences, ce qui n’est pas le cas. On a appuyé le projet de surpercliniques, mais ça ne marche pas tellement fort jusqu’à présent », opine Me Brunet.
Échelle de triage de niveau 4
• Cas moins urgents
• Délai d’évaluation médicale : 1 à 2 heures
• Fracture mineure, entorse, otite, douleur dorsale chronique
• Taux d’admission attendu : 10-20 %
Échelle de triage de niveau 5
• Cas non urgents
• Délai d’évaluation médicale : 2 heures ou plus
• Contusion, mal de gorge, saignement vaginal, douleurs abdominales légères
• Taux d’admission attendu : 0-10 %
Source : L’échelle canadienne de triage et de gravité pour les départements d’urgence
Pourcentage des visites P4 et P5 dans les services d’urgence en 2016
Région de Montréal
• Hôpital Royal Victoria : 43,1 %
• Hôpital général juif : 38 %
• Hôpital de Montréal pour enfants : 65,7 %
• CHU Sainte-Justine : 55,9 %
• Hôpital Maisonneuve-Rosemont : 43,6 %
• Hôpital Notre-Dame du CHUM : 28,7 %
• Hôpital du Sacré-Cœur : 37,3 %
• Cité de la Santé, Laval : 41,4 %
Région de la Capitale-Nationale
• Hôpital de Baie-Saint-Paul : 90 %
• Hôtel-Dieu de Québec : 69,5 %
• Hôpital de l’Enfant-Jésus : 54,8 %
• CHUL : 47,6 %
• IUCPQ : 52,1 %
Autres régions
• Hôpital régional de Rimouski : 73 %
• Hôpital de Chicoutimi : 30,3 %
• Hôpital de Sept-Îles : 60,3 %
• Hôtel-Dieu de Sherbrooke (CHUS) : 62,6 %
• Hôpital régional de Trois-Rivières : 51,3 %
• Hôtel-Dieu d’Arthabaska : 68,2 %
• Hôtel-Dieu de Lévis : 55,6 %
• Hôpital de Thetford Mines : 80,7 %
• Hôpital Charles Le Moyne, Montérégie-Centre : 58,8 %
• Centre hospitalier Anna-Laberge, Montérégie-Ouest : 59,9 %
• Hôpital de Hull : 58,5 %
• Hôpital Pierre-Le Gardeur, Lanaudière : 41,5 %
• Hôpital régional de Saint-Jérôme : 50,9 %
• Centre hospitalier de Rouyn-Noranda : 78,1 %
Source : ministère de la Santé
Source : journal de Mtl. Com
http://www.journaldemontreal.com/2017/03/10/la-majorite-des-cas-non-urgents

Nos derniers tweets:

Sur FaceBook :

RSS