Gaétan Barrette presse le CUSM de se conformer à la loi

AIDE MEDICALE A MOURIR
Gaétan Barrette presse le CUSM de se conformer à la loi
Le ministre juge « enfantine » l’attitude des médecins
30 juin 2016 |Isabelle Paré | Santé

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a lancé une salve jeudi contre les médecins du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et a pressé dans une lettre l’hôpital de modifier sans délai sa politique exemptant l’unité des soins palliatifs d’offrir l’aide à mourir. Une politique que le ministre juge « contraire à l’esprit de la loi sur les soins de fin de vie », et illégale à certains égards.

D’avis que la pression exercée par certains médecins du CUSM est un geste « presque enfantin », le ministre n’a pas exclu de revoir ses orientations ministérielles sur l’aide à mourir si l’hôpital ne rentrait pas dans les rangs. Plus tôt cette semaine, Le Devoir a révélé qu’une politique interne votée au CUSM en mai dernier stipule en toutes lettres que l’aide à mourir doit être offerte partout dans l’hôpital, sauf à l’unité des soins palliatifs.

« Je vous demande d’inviter votre conseil d’administration à revoir la politique du CUSM relative aux soins de fin de vie pour s’assurer qu’elle respecte la lettre et l’esprit de la loi », conclut la missive adressée à Normand Rinfret, p.-d.g. du CUSM.

« Votre politique mine l’atteinte de ces objectifs [de la loi]. Prévoir d’emblée que l’aide médicale à mourir ne pourra être fournie dans une unité particulière — l’unité qui par définition accueille le plus de personnes en fin de vie — me semble poser de sérieux problèmes quant au respect du droit que la loi accorde à chaque personne […] de recevoir des soins continus en complémentarité avec les autres soins qui lui sont dispensés », lit-on.

Interpellé avant son entrée au Conseil des ministres à Québec, le ministre Barrette, qui avait déjà décrié la position adoptée par le CUSM dans les pages du Devoir, est remonté au front pour dénoncer « cette mesure [qui] impose une rupture dans la continuité des soins ».

Le dernier mot au patient

Il s’en est pris à l’attitude des médecins de soins palliatifs du CUSM qui, de toute évidence, ont réussi à imposer leur point de vue en haut lieu. À cet égard, le ministre a précisé que le droit d’exercer l’objection de conscience prévu par la loi était « un droit personnel, et non un droit institutionnel ».

« Qui aurait pu prédire qu’un hôpital interdirait l’aide médicale à mourir sur un étage où les gens sont le plus près de la mort ? Je vois très bien un groupe de médecins — qui, philosophiquement, depuis le début, sont contre l’aide médicale à mourir — aller faire des pressions auprès de leur administration pour faire une règle, afin d’avoir gain de cause, après l’adoption de la loi. C’est ainsi depuis le début, c’est presque enfantin, c’est pour avoir le dernier mot. Est-ce possible que, là comme ailleurs, le patient ait le dernier mot ? La réponse est oui. »

De plus, l’obligation faite au patient par le CUSM d’avoir été admis dans l’établissement au cours des 18 derniers mois pour accéder à l’aide à mourir contrevient à la Loi sur les services de santé et les services sociaux, a ajouté Gaétan Barrette.

« C’est presque de la provocation », a déclaré le ministre, qui est aussi intervenu auprès de la direction du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) pour s’assurer que l’objection de conscience de certains médecins ne ferait pas obstruction aux patients désirant avoir accès à l’aide à mourir.

Le Collège des médecins tente de calmer le jeu

Dans un éditorial mis en ligne mercredi après-midi et invitant les médecins à respecter leurs obligations déontologiques, le secrétaire du Collège des médecins, le Dr Yves Robert, a par ailleurs déploré l’esprit de confrontation qui s’est emparé du débat sur l’aide à mourir ces derniers jours et a soutenu que les rapports transmis au Collège font état de médecins faisant preuve de « prudence, de patience et de rigueur ». « Le temps n’est pas aux jugements superficiels, à la coercition et autres mesures intempestives, contraires au respect des patients et des soignants à qui on doit accorder une présomption de bonne volonté et de bonne foi. »

Source : Le devoir.com

http://www.ledevoir.com/societe/sante/474542/aide-medicale-a-mourir-gaetan-barrette-presse-le-cusm-de-se-conformer-a-la-loi

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