Forcé de mourir à l’hôpital

Forcé de mourir à l’hôpital
Un homme de Québec qui tenait à finir ses jours à la maison victime de la bureaucratie
Pierre-Olivier Fortin
Jeudi, 15 décembre 2016 00:00 MISE à JOUR Jeudi, 15 décembre 2016 12:08
Un homme dans la soixantaine est parti en ambulance pour les soins palliatifs, mercredi, alors qu’il tenait à finir ses jours chez lui, dans Les Saules. Et ce qui enrage sa famille, c’est que sa volonté n’a pu être respectée pour une simple question de bureaucratie.
Aux Fêtes, l’an dernier, Jean Alain avait de la difficulté à attacher ses souliers. Il a eu le diagnostic de sclérose latérale amyotrophique en janvier. Après, sa voix est devenue rauque et sa tête s’est mise à tomber. Cette année, les jambes lâchent, son cou ne tient plus et c’est l’alimentation à la seringue.
M. Alain peut au moins compter sur sa conjointe et ses enfants. « On veut s’en occuper, on a l’énergie pour le faire », témoigne sa fille Andréanne. Elle reconnaît avoir reçu de « super bons services » de soutien à domicile. Ça allait bien, mais depuis la fin novembre, ça ne va plus. La gorge a lâché et les médicaments ne passent plus.
Pas de médecin
M. Alain a besoin d’un médecin pour lui installer un cathéter pour ses médicaments. Ça se fait ailleurs en ville, mais pas dans Les Saules, où il n’y a pas de médecins disponibles pour des visites à domicile.
« C’est vraiment administratif, c’est super rigide », tonne Mme Alain, 66 ans. « Ce serait quoi, qu’un médecin dépasse la frontière ? On est à 15 minutes » d’autres endroits qui offrent le service ! « On jongle avec une maladie qui est vraiment quelque chose... et on se bute à l’administration », déplore-t-elle.
La famille s’est donc résolue à l’amener à l’hôpital, même si le principal intéressé ne veut rien savoir.
Il a quitté sa maison mercredi midi, dans l’espoir d’y revenir après une semaine ou deux.
« Crève-cœur »
M. Alain est de nature anxieuse. À l’hôpital, « je me demande quasiment s’il ne va pas vouloir mourir plus tôt ». Le « moral d’acier » qu’il avait n’est plus. L’homme était très actif, bon vivant. « Je n’ai jamais vu mon père aussi triste de toute ma vie. C’est crève-cœur », insiste Mme Alain.
Rendus à l’hôpital où ils ne voulaient pas aller, le père et la fille ont reçu un autre coup de massue. M. Alain ne pourra pas revenir chez lui comme ils l’espéraient. Et il ne passera peut-être pas Noël. « On s’est fait avoir. »
« C’est malheureux qu’il n’y ait pas accès », dit le CIUSSS
Les explications de Catherine Chagnon, porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale.
Pourquoi la famille n’a-t-elle pu obtenir les services d’un médecin à domicile ?
Le programme de soins palliatifs à domicile est un programme interdisciplinaire, il est possible que des médecins puissent se rendre dans les maisons. Mais dans le secteur Les Saules, il n’y a pas de médecins qui font de la pratique à domicile. Si c’est possible dans d’autres secteurs, c’est parce que des médecins pratiquent à domicile dans ces secteurs. C’est malheureux qu’ils n’y aient pas accès. C’est sûr que, sur le plan humain, c’est triste.
Pourquoi cette pénurie ?
Oui, il y a une pénurie, mais c’est aussi une question de choix du médecin. Un médecin peut faire le choix d’aller dans les domiciles ou pas, mais ça fait partie de son privilège de pratique. On ne peut pas les obliger. Et il n’y a pas de médecins qui pratiquent les soins à domicile dans le secteur Les Saules.
Pourquoi ne pas demander à un médecin d’un autre territoire ?
Oui, il y a des secteurs de pratique, mais il y a également des mécanismes de prévus pour l’accès. Le médecin qui ne pratique pas de soins palliatifs à domicile peut adresser son patient à un médecin d’un autre territoire. Dans le cas de monsieur, en sachant que son médecin n’était pas en mesure de faire le suivi à domicile, on a quand même tenté de faire d’autres démarches pour s’assurer qu’il soit soigné à la maison, mais, malheureusement, ça n’a pas été possible. Ce sont des circonstances exceptionnelles où l’état de santé du patient a changé très très rapidement.
Source : Le Journal de Montréal
http://www.journaldemontreal.com/2016/12/15/force-de-mourir-a-lhopital

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