Barrette mobilise 64 millions pour inaugurer la « concurrence » en santé

Barrette mobilise 64 millions pour inaugurer la « concurrence » en santé
4 février 2016 |Jessica Nadeau | Santé
La Presse canadienne

À l’entrée du Conseil des ministres, mercredi, Gaétan Barrette a été interrogé au sujet du contrat informatique qui procurerait au ministère un outil de collecte et d’analyse de données pour examiner le réseau de la santé.
Québec devra débourser 64,5 millions pour mettre en branle la troisième étape de la réforme du réseau de la santé, qui s’étalera sur trois ans. Avec le financement à l’activité, le ministre Gaétan Barrette entend « introduire de la concurrence à l’intérieur du réseau public ».

Il y a eu la loi 10, adoptée sous bâillon, qui a mené à la création des nouveaux « centres intégrés de santé et de services sociaux », modifiant toute la structure organisationnelle des établissements de santé au Québec. Il y a eu, par la suite, la loi 20, qui obligeait les médecins à garantir un meilleur accès aux soins de santé. À quelques jours de la rentrée parlementaire à Québec, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’attaque à la troisième et ultime étape de sa réforme : le financement à l’activité.

Ce type de financement, qui doit « suivre le patient », vise à établir un coût pour chaque acte posé dans un établissement de santé, de façon à financer celui-ci en fonction des services offerts et non pas sur une base historique, comme c’est actuellement le cas au Québec.

Le ministre Barrette avait annoncé son intention d’aller vers ce mode de financement. Des « travaux préparatoires » sont déjà en cours pour étendre ce mode de financement à l’ensemble du réseau, a soutenu le ministre en impromptu de presse mercredi.

« Pour faire du financement à l’activité, on a besoin de deux choses : en premier, la capacité d’avoir une collecte de données cliniques et administratives d’un niveau uniforme dans tout le Québec. Et le deuxième élément fondamental, c’est d’avoir un outil financier qui permet de faire l’analyse de chaque épisode clinique. Car croyez-le ou non, le Québec n’est pas capable, de façon uniforme, dans le réseau, d’établir ce que ça lui coûte pour faire [par exemple] une prothèse de hanche. »

Contrat informatique

Ce dernier entend remédier à la situation en commandant une « solution informatique assurant le suivi du coût par trajectoire de soins et de services offerts aux usagers ». Selon l’avis public, publié mercredi, le contrat est évalué à 64,5 millions pour une durée de « 1 à 3 ans ». L’entreprise Logibec a été ciblée par le ministère comme étant le « seul fournisseur connu qui soit en mesure de fournir les services requis ». Le gouvernement doit toutefois publier un avis d’intention pour permettre à d’autres fournisseurs potentiels de se manifester.

L’entreprise Logibec est « déjà présente dans plusieurs établissements de notre réseau » et dispose déjà de la solution informatique Med-GPS, précise le ministre dans un communiqué.

« En plus d’allouer les ressources de manière plus équitable et transparente, le financement à l’activité permettra de soutenir la pertinence des soins, d’améliorer leur accessibilité et d’introduire de la concurrence à l’intérieur du réseau public », ajoute-t-il.

Moins de services ?

Le ministre espère économiser « des dizaines, voir des centaines de milliers de dollars » grâce à cette nouvelle réforme. « L’idée n’est pas d’amener tout le monde au prix le plus bas, l’idée, c’est de déterminer le prix approprié parce que ce n’est pas toujours uniforme », a précisé Gaétan Barrette à l’entrée du Conseil des ministres mercredi.

Questionné par les journalistes, ce dernier s’est défendu de vouloir couper des services. « Ce n’est pas à ça que ça sert. Le financement à l’activité sert à déterminer le bon coût pour un épisode de soins de façon à ce que les hôpitaux puissent se comparer et prendre des décisions de gestion appropriées. »

Le ministre Barrette prévoit qu’il faudra « entre deux et trois ans » pour implanter sa réforme du mode de financement. Il veut l’établir « progressivement » et entend débuter avec les chirurgies.

« Il y a bien des gens qui le voient venir comme étant un défi, on va dire, sinon une pression supplémentaire, mais c’est ma responsabilité de faire en sorte que les impôts des citoyens, on les gère correctement. »

Effets pervers

Les syndicats décrient depuis longtemps ce mode de financement. À l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), la présidente Carolle Dubé affirme que les « effets pervers » sont déjà bien connus. « Cette course à la performance et au prix le plus bas pour un acte donné se traduit, dans les pays où le financement à l’activité a été appliqué, par une sélection des soins les plus payants, par une réduction des services les plus coûteux et par des congés trop rapidement accordés aux patients, sans parler d’une pression accrue sur le personnel, déjà surchargé. Ce modèle ne favorise décidément pas l’accessibilité et la qualité des services. »

Source : Le Devoir.com

Nos derniers tweets:

Sur FaceBook :

RSS