Le financement à l’activité, une impasse, dit l’IRIS

Le financement à l’activité, une impasse, dit l’IRIS
10 mars 2016 |Isabelle Paré | Santé

Selon l’IRIS, le gouvernement devrait investir dans des politiques de prévention et de
Santé Gaétan Barrette entame le troisième volet de sa réforme du réseau, l’Institut de recherche et d’information en santé publique (IRIS) conclut que les politiques basées sur le « financement à l’activité », nouvelle marotte du ministre, se sont non seulement soldées par des dépenses accrues dans plusieurs pays, mais sans amélioration notable de la santé des patients.
Temps d’attente accru pour des chirurgies en Angleterre, augmentation des réadmissions à l’urgence : l’étude rendue publique par l’IRIS mercredi montre du doigt les nombreux effets pervers et incongruités entraînés par l’instauration de politiques axées sur les indicateurs de performance.

« Il est illusoire d’attendre des indicateurs de performance qu’ils contribuent à rehausser la qualité d’un système de santé s’ils sont appliqués dans la foulée de réforme majeure ou durant des phases de compressions budgétaires », conclut le rapport, signé par les chercheurs
Guillaume Hébert et Philippe Hurteau.

Opération performance

En février dernier, le Dr Gaétan Barrette lançait le dernier pan de sa réforme, destinée à rendre plus performant le réseau de la santé, en optant pour un financement attribué en fonction de chaque épisode de soins rendu. Un tournant atteignable seulement par l’instauration d’un système complexe d’indicateurs de santé, système pour lequel le ministre a déjà octroyé près de 65 millions de dollars à la firme informatique Logibec.

Or, l’analyse de politiques semblables instaurées dans divers pays révèle que cette logique administrative fait souvent chou blanc. Une méta-analyse publiée l’an dernier dans la revue PLOS ONE par des chercheurs canadiens a démontré que le financement à l’activité s’est notamment traduit par une réduction du temps d’attente à l’urgence, suivi d’une hausse des réadmissions. « Cela instaure une pression dans l’hôpital, car il y a un incitatif à augmenter la cadence et donner des congés rapides. Or, les congés trop rapides ne font qu’augmenter le nombre de patients qui reviennent à l’urgence », soutient l’un des coauteurs, Guillaume Hébert.
Au Royaume-Uni, où des indicateurs de performance ont été mis en place pour limiter à deux ans les délais pour les patients en attente de chirurgies électives, ces mesures ont entraîné une augmentation globale des délais pour les malades dont les chirurgies étaient jugées plus urgentes. « Avec ces outils, les gouvernements cherchent toujours à avoir un tableau de bord duquel on pourrait tirer des manettes pour améliorer les choses. On finit par “ focuser ” sur un seul service, en oubliant l’impact sur la qualité globale de la population. Il y a une littérature abondante qui indique qu’il ne faut pas aller vers ça, autant en matière de coûts que d’impact sur les services », ajoute le chercheur de l’IRIS.

Budget d’abord
La revue des diverses politiques instaurées dans le monde démontre que les indicateurs de santé mis en place par les gouvernements ne sont jamais neutres et sont d’abord déployés à des fins politiques ou budgétaires. Leur impact sur les déterminants de la santé des patients est plus que douteux, sinon nul. Plus encore, les chercheurs estiment que le déploiement de systèmes sophistiqués de mesures de la performance est souvent contre-productif, car extrêmement coûteux en matière de budget et de ressources humaines.
« Injecter des fonds dans la mise en place de systèmes pour mesurer le coût d’épisodes de soins, c’est engouffrer des ressources au moment où il serait bien plus utile d’investir dans des politiques de santé globale », estime M. Hébert.
Selon les auteurs, plutôt que de chercher à « optimiser » sans cesse la gestion des établissements du réseau de la santé, le gouvernement devrait plutôt investir dans des politiques de prévention et de santé publique qui ont fait leurs preuves. Ils citent notamment l’impact fulgurant obtenu sur la santé des enfants au Québec par l’adoption de politiques comme celles instaurant des services de garde publics, la prévention du tabagisme, ou la prévention des accidents de la route.

« Cette avenue [financement à l’activité] n’est pas prometteuse, conclut M. Hébert. Ce n’est pas ainsi qu’on aura le plus d’impact sur la santé des Québécois. »
Source : Le devoir.com
http://www.ledevoir.com/societe/sante/465072/sante-le-financement-a-l-activite-une-impasse-dit-l-iris


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