« La période la plus noire pour les usagers »

Jean-Pierre Ménard
« La période la plus noire pour les usagers »
Selon l’avocat, les droits des patients reculent de façon alarmante
2 avril 2016 |Amélie Daoust-Boisvert | Santé

L’avocat Jean-Pierre Ménard : « En 36 ans de pratique, c’est la première fois que les reculs sont aussi importants et que les besoins et les droits des usagers sont aussi peu considérés. »
Il a sonné l’alarme quand la réforme a été présentée. Un an après son adoption, l’inquiétude de l’avocat des patients Jean-Pierre Ménard s’est encore accentuée. Il affirme que, comme il le craignait, les droits des usagers reculent à la vitesse grand V.
« Extrêmement inquiet pour l’avenir », Jean-Pierre Ménard avance sans mâcher ses mots que, depuis l’adoption du projet de loi 10, nous vivons la « période la plus noire pour les usagers ». « En 36 ans de pratique, c’est la première fois que les reculs sont aussi importants et que les besoins et les droits des usagers sont aussi peu considérés », affirme-t-il en entrevue avec Le Devoir.

Son constat est alarmant. Jean-Pierre Ménard reproche d’abord et avant tout à la réforme administrative d’avoir retiré aux patients presque tout pouvoir sur le réseau, notamment par la disparition des conseils d’administration locaux de dizaines d’établissements.

« On assiste à une perte de pouvoir des communautés, constate Me Ménard. S’ensuivent une démobilisation, une perte de l’influence des communautés sur le réseau et une perte d’autonomie des régions. »

Pour lui, les usagers « ne font pas partie des préoccupations du ministre, tout ce qui touche leurs droits n’a pas été pris en compte ».

Il y a aussi la réorganisation complète des comités d’usagers qui peine à se mettre en branle. Rappelons que ces comités, prévus dans la loi, sont les gardiens des droits des usagers et leurs représentants auprès des établissements. Le comité les accompagne notamment dans les processus de plainte.

« La mise en oeuvre des supercomités d’usagers est laborieuse car les territoires sont grands et les membres sont bénévoles. »

La réforme a aussi chamboulé le processus de plainte. Selon la protectrice du citoyen, Raymonde St-Germain, Québec contrevient à sa propre loi depuis qu’une partie du processus est confiée à des conseillers non indépendants qui épaulent les commissaires aux plaintes.
Gigantisme sans efficacité
Pendant ce temps, les décisions se prennent en haut, entre le ministre et les quelques p.-d.g. du réseau, constate Me Ménard, critique de ce mode de gestion centralisé.

« Pendant que le ministre réunit ses p.-d.g., les conseils d’administration font un peu de la figuration », déplore-t-il. Il remet aussi en cause l’efficience accrue que doit atteindre le réseau à la suite de ces fusions. Jean-Pierre Ménard met fortement en doute l’obtention d’un quelconque effet positif à la suite de la réduction du nombre de cadres dans le réseau. « Actuellement, nous n’avons aucun indice d’efficience accrue du système. »

Les médecins avant tout
Si, selon lui, le ministre Gaétan Barrette oublie les patients, à qui penserait-il quand il prend ses décisions ? Tranchant, Jean-Pierre Ménard affirme que « quand le ministre doit choisir entre les intérêts des patients et ceux des médecins, il va toujours choisir ceux des médecins ».
À preuve, selon lui, le projet de loi 20. Après avoir fait peur aux médecins en faisant mine de leur imposer d’importantes contraintes, Québec s’en remet finalement totalement « au volontariat des médecins avec une série de clauses échappatoires ». « La réforme ne touche ni le statut ni le revenu des médecins », reproche-t-il.

Avec le frein appliqué à la croissance des dépenses en santé et en services sociaux, équilibre budgétaire oblige, Jean-Pierre Ménard n’hésite pas non plus à dire que nous assistons à une « décroissance » du système de santé. « Les gens ont de moins en moins confiance au système et à sa capacité de répondre à leurs besoins. Ça pousse les gens vers le privé. »
Le ministre Barrette, de son côté, refuse toujours de parler de compressions et affirme que les services ne sont pas touchés. Le pire, selon l’avocat Ménard, « c’est que nous assistons à ce désengagement de l’État sans débat public. Le ministre a bien beau défendre le système public dans ses discours, les gestes vont plutôt dans le sens d’un système de santé affaibli et de plus en plus dysfonctionnel ».
Source : Le Devoir.com
http://www.ledevoir.com/societe/sante/467111/jean-pierre-menard-la-periode-la-plus-noire-pour-les-usagers


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