Crise en santé publique

Crise en santé publique
Difficile transition à Montréal
21 novembre 2015 |Jessica Nadeau | Santé
Le départ forcé de 60 personnes au sein de l’équipe de direction de santé publique de Montréal fait mal à l’organisation, non seulement en termes de quantité de services offerts, mais également sur le moral des troupes.

« Ce n’est jamais facile de faire une transition quand les gens ont perdu des collègues, il y a 60 personnes [qui ont perdu leur emploi]. Alors il y a déjà un deuil de perdre des gens, ça désorganise les services », soupire le Dr Richard Massé, directeur régional de la santé publique à Montréal, en entrevue au Devoir dans ce dernier volet d’une série sur les impacts des compressions imposées aux directions régionales de santé publique au printemps dernier.

Dans la métropole, ce sont pratiquement tous les secteurs de la santé publique qui ont été affectés par les compressions, déplore la Dre Ak’ingabe Guyon, médecin à la direction de santé publique de Montréal et membre de Jeunes médecins pour la santé publique. « Ça touche tous les dossiers : soutien à l’allaitement, soutien à la prévention clinique, immunisation, traitement préventif, counseling, des dossiers de surveillance, de même qu’en lutte contre le tabagisme, prévention du cancer, vaccination, environnement urbain… Tout cela est essentiel en santé publique. »

Elle parle de gens débordés, qui font tous, sur une base personnelle, un effort supplémentaire pour reprendre les dossiers « orphelins ». « C’est comme si on avait amputé 30 % du corps d’une personne. Le reste du corps va essayer de fonctionner, de faire ce qu’il faut, mais c’est vraiment ardu, c’est fatigant, ce n’est pas tenable. »

Le Dr Massé affirme que la qualité des services n’a pas été touchée, mais que la quantité, elle, l’est inévitablement. « Au niveau de l’offre de services, on est obligé de faire des choix, donc il y a des choses qui ne se traduisent pas toujours par des services aux personnes, mais plutôt des services à la communauté qu’on est obligé de réduire. »

Enjeux municipaux

En mai dernier, les élus de la Ville de Montréal ont adopté à l’unanimité une motion pour demander l’annulation des coupes imposées aux directions régionales de santé publique, arguant que « les actions en prévention touchent directement plusieurs enjeux municipaux comme la salubrité des logements et des écoles, l’amélioration de la qualité de l’eau et de l’air, les îlots de chaleur urbains, l’amélioration des environnements urbains afin de les rendre plus sécuritaires et la promotion des saines habitudes de vie ».

Leur avis n’a vraisemblablement pas été entendu à Québec. Mais à la direction de santé publique de Montréal, Richard Massé dit avoir priorisé ces services. « Je pense qu’ils [les élus] avaient raison de s’inquiéter pour l’ensemble de la santé publique, parce qu’on ne peut pas perdre 34 % de ses ressources sans avoir un impact sur notre capacité. Mais par rapport aux activités avec eux, on porte une attention très diligente pour qu’on maintienne ça. Mais évidemment, c’est au prix d’autre chose. »

Hors mandat

La direction de Montréal a mis un terme aux travaux du Dr Raynald Pineault et de son équipe, qui analysaient depuis 15 ans les impacts des réformes du réseau sur la santé de la population. Et ce, bien que le financement provienne principalement des Instituts de recherche en santé du Canada. « Autrement dit, on nous dit que même si on va chercher de l’argent à l’extérieur, on n’a pas le droit de continuer nos recherches, dénonce le Dr Pineault. C’est une vision assez limitée de la santé publique. »

À la direction de santé publique de Montréal, le Dr Massé affirme que cela découle d’une directive ministérielle. « On nous a dit de couper cette équipe-là parce qu’il y a d’autres [instances] qui le faisaient, que ce n’était pas le mandat de la direction de santé publique de Montréal. »

Au ministère, on renvoie plutôt la balle à la direction de santé publique de Montréal, affirmant que ces activités ne font pas partie du programme national et que c’est « leur prérogative de revoir leur mode d’organisation interne ».

Si certains parlent d’une forme de censure visant à limiter les études sur les soins de santé, au moment même où Québec entreprend une importante réforme du réseau, le Dr Massé se fait plus prudent. « Dans ce cas-ci, il ne s’agit pas vraiment de censure, mais plutôt — je vais le mettre dans un autre mot — de contrôle. »
Source : Le Devoir.com


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